L’eau aux oubliettes
Pour les grenouilles et les amphibiens en général, tous les voyants sont au rouge. La faute à notre détestation des eaux stagnantes.
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C'est l'histoire d'un petit pays qui aime l'ordre. Au XIXe siècle, ses habitants acquièrent une force industrielle qui leur permet de transformer complètement le paysage. Le niveau des lacs est régulé et les rivières filent droit. Puis la prospérité atteinte en Suisse au XXe siècle permet de développer un incroyable réseau de tuyaux souterrains qui collecte l'eau, abaisse les nappes phréatiques et assèche plus de 20% des terres aujourd'hui cultivées. Ce drainage systématique fait disparaître la plupart des marais. On y va jusqu'au bout, on traque la moindre flaque au coin d'un champ. C'est comme si cette eau stagnante était un péril national à éradiquer d'urgence avec les derniers moustiques.
Le résultat est exemplaire. En plaine, la Suisse a transformé 95% de ses zones humides en terres agricoles de plus en plus souvent converties en zones à bâtir. Les biotopes qui subsistent sont des étangs permanents, les moins intéressants pour les amphibiens car infestés de prédateurs et souvent artificiellement empoissonnés.
Pas étonnant que ces animaux subissent un déclin terrible. 14 des 20 espèces indigènes sont aujourd'hui menacées de disparition. Quant aux quelques amphibiens encore répandus, leurs effectifs fondent comme neige au soleil, un quart de moins en 10 ans par exemple pour la grenouille rousse.
En France, il existe encore des coins de pays épargnés par cette artificialisation extrême du paysage. N'empêche que le progrès y est aussi à l'œuvre à coups de bulldozers. Adieu bocage, pâturages, mares et fossés humides. Et bonjour maïs subventionné.
Le chiffre qui tue
56 % des populations de rainette verte ont disparu de Suisse en seulement 10 ans de 1995 à 2005. Et le déclin se poursuit depuis lors au même rythme. En clair, cela veut dire que les trois quarts des populations de cette espèce exigeante ont disparu en seulement 20 ans.
La situation est aussi grave pour le crapaud calamite, le triton crêté ou le triton lobé. En France, à défaut d'indicateurs aussi précis, on suppose que le déclin est un peu moins rapide.
Drainage intégral
Découvrez en images l'évolution d'un petit bout de campagne exemplaire de l'assèchement complet des paysages de Suisse et de certaines régions de France. Cette modification radicale est complètement sous-estimée parce que le réseau de drains (en bleu sur la carte du milieu ci-dessous) est invisible et méconnu. Mais son influence sur le niveau des nappes phréatiques est énorme.
Une flaque peut suffire
Chaque fois que nous comblons une mare, un étang ou un fossé ou que nous asséchons une prairie humide ou un marais, nous faisons disparaître une communauté d'amphibiens. La survie du sonneur à ventre jaune, une espèce particulièrement menacée, tient parfois à quelques flaques temporaires ou ornières profondes.
Si vous voulez agir pour leur survie, peut-être que cet article vous sera utile : Comment créer une mare.
Retrouvez tous les articles du dossier : Le silence des grenouilles.
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Le silence des grenouilles
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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