Bâtie pour la nuit
Pour nous, la forêt semble noyée dans les ténèbres. Sombre et insondable. Alors comment fait la hulotte ?
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Appel longue distance
Les oiseaux diurnes rivalisent de notes aiguës pour se faire entendre dans le tumulte produit par leurs congénères ou par les activités humaines. La hulotte, elle, profite du calme relatif de la nuit pour lancer des chants graves. Les hululements du mâle varient d'un individu à l'autre. Les oiseaux reconnaissent ainsi chacun de leurs voisins. L'oreille attentive du naturaliste peut aussi différencier chaque chouette. Ces chants retentissants comprennent certains des sons les plus bas et sourds du répertoire des oiseaux. Les basses fréquences se propagent loin, traversent facilement le couvert forestier et demeurent audibles à plus de un kilomètre. La femelle hulule aussi, mais plus rarement. Souvent, elle répond au hou-hououou du mâle par des kwick et des kuvitt vigoureux et grinçants.
Ecoutez le hululement de la hulotte
Des plumes avec silencieux
Le silence, arme suprême du chasseur efficace. Ses battements d'ailes ne trahissent jamais l'approche de la hulotte. Son plumage offre un velouté particulier, sur lequel l'air glisse au lieu de se cogner. Comparer le toucher rigide d'une plume de pigeon avec le contact soyeux de celle d'une chouette permet de saisir cette différence. Encore plus fort : les deux premières rémiges, placées sur le bord d'attaque de l'aile, sont pourvues d'un système de silencieux. Un peigne aux dents ultra-fines découpe le bord de la plume (> dessin) de sorte que l'air passe au travers sans émettre le moindre bruit.
Pour reconnaître différentes plumes de rapaces nocturnes ou d'oiseaux diurnes, consultez notre Miniguide n°74 Identifiez les plumes
Vision radar
Les yeux de la hulotte, aussi gros que ceux d'un humain, sont dotés de pupilles capables de s'élargir jusqu'à occuper toute l'ouverture disponible. Le moindre rai de lumière est capté et amplifié. A l'arrière de l'œil, la rétine est tapissée de deux types de récepteurs. Les bâtonnets, insensibles aux couleurs, mais adaptés à la vision nocturne, sont extrêmement nombreux. Comme nous, les hulottes voient la nuit en nuances de gris. Mais avec une acuité nettement supérieure. La rétine possède aussi des cônes, qui permettent de distinguer les couleurs. Contrairement à une idée répandue, la hulotte voit parfaitement bien en plein jour, même face au soleil. Pas un son ne lui échappe. Un grattement, un froissement, et la hulotte localise infailliblement le son qui parvient à ses oreilles grâce au subtil décalage de ses deux conduits auditifs. Le bruit d'un rongeur qui marche sur les feuilles mortes parvient ainsi à l'oreille droite 0,00003 seconde plus tôt qu'à l'oreille gauche. Cette différence de perception permet de localiser précisément la proie. En plus, le disque facial amplifie les sons de 8 à 10 décibels et les dirige vers les oreilles. Voilà qui permet une attaque aussi précise que fulgurante.
Cet article fait partie du dossier
La chouette hulotte, aventures d’une noctambule
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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