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Rencontre avec une créatrice de parfums - La Salamandre
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Parfums sauvages

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La magicienne d’Eze

Une bonne dose de talent, une mémoire infaillible et, sans aucun doute, une forme de don : tels sont les ingrédients pour être nez. Sandra Dziad appartient à cette caste discrète des créateurs de parfums. Interview.

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Rencontre avec une créatrice de parfums
Sandra Dziad, nez chez un parfumeur, guide les passionnés dans la composition deleur propre flacon de parfum. / © Gilbert Hayoz
Orgue à parfums, outils des parfumeurs / © Gilbert Hayoz

Un nez. Dans le jargon des métiers de la parfumerie, c’est ainsi qu’on les appelle, les créateurs de bouquets odorants et invisibles. Et l’on sait qu’ils sont aussi précieux que rares. Notre planète n’en compterait que deux cents. Ces personnages sont au courant du secret des compositions et de leur diffusion, sous l’autorité de grandes marques commerciales, mais restent le plus souvent en retrait. Sandra Dziad travaille pour la plus vieille parfumerie de France, Galimard. Fondée en 1747 à Grasse, cette maison est aussi installée à Eze, un village perché sur la côte niçoise, qui constitue la seconde étape de notre périple sudiste sur la piste des fragrances.

Sandra Dziad guide les passionnés dans la composition de leur propre flacon. Parmi ses clients figurent aussi bien des particuliers à la recherche du temps perdu ou d’un mélange exclusif que des entreprises. Son nom est d’origine russe mais son cœur ne balance pas : entre les steppes et la garrigue, elle a choisi ! Sandra Dziad adore son métier mené au pays des chauds effluves. Elle partage sa passion d’une voix douce, le regard pétillant.

Sandra Dziad, quels chemins vous ont menée au prestigieux métier que vous exercez ?

Je viens d’une famille d’artistes : mon père était peintre et sculpteur, ma mère danseuse. Cet environnement a développé ma sensibilité. Après une école des métiers de la parfumerie, j’ai travaillé comme chargée de développement chez le couturier Jean-Paul Gauthier, puis dans les maisons Miyake, Chanel et Réminiscence. Le tournant a eu lieu chez ce dernier employeur, une société qui produit avec beaucoup de soin bijoux et parfums. J’avais 30 ans quand ma responsable d’alors m’a dit : « Sandra, tu es une artiste ». A ce moment précis, j’ai compris que, pour être heureuse, il me fallait créer. Je suis passée à la composition.

Rencontre avec une créatrice de parfums
Sandra Dziad en train de humer une senteur / © Gilbert Hayoz

Depuis quand êtes-vous sensible aux odeurs ?

Toute ma vie, l’odeur a été un fil conducteur. Celles qui me parlent le plus sont liées à mon enfance. Nous vivions près de Paris, mais notre terreau se trouvait dans le Var. Quand on y allait, c’était l’odeur de la garrigue, des pins, de la lavande et des tomates farcies aux herbes. C’est pour cela que j’ai voulu revenir dans le sud, même si ma route était toute tracée à Paris.

L’odorat est donc votre sens premier…

Certainement. Si je me promène, je sens souvent un figuier avant de le voir. Mais je continue à apprendre. En début de carrière, un parfumeur reconnaît 300 à 400 odeurs. Au moment de la retraite, sa mémoire en retient quelque 2000.

Comment mettez-vous ce savoir en pratique ?

Comme je connais les ingrédients des parfums, mais aussi leurs effets, je peux aussi bien composer que décortiquer une création. La vanille donne une note assez ronde, la rose plutôt veloutée. Je sais que tel dosage permettra d’obtenir tel effet. Seule l’expérience permet d’imaginer les rencontres d’ingrédients. Certains me demandent un parfum qu’ils aimaient et qu’on ne trouve plus ; beaucoup cherchent une émotion en provenance de leur enfance. Je vais donc tenter de la leur restituer. Le résultat est parfois saisissant : plusieurs personnes ont pleuré après avoir retrouvé leur parfum.

Cela vous surprend ?

Pas du tout. Je sais qu’une odeur ne peut pas mentir ! Les gens aiment ou n’aiment pas, mais ça leur parle. L’odorat est un sens resté très primaire, presque à l’état sauvage. Certaines substances comme le musc ont des notes très animales. Et même les plus belles fleurs : dans le jasmin il y a de l’acétate de benzyle qui, seul, sent la crotte !

Pas forcément utile en parfumerie, alors ?

Si. N’importe quelle fragrance, bien utilisée, peut contribuer à un parfum. Cela me rappelle un client. La composition qu’il avait créée sentait le cheval ! Il possédait un ranch et en avait inconsciemment reproduit l’odeur. Le mélange n’avait rien de désagréable, au contraire.

Etes-vous capable de recréer n’importe quelle odeur ?

Malheureusement non. Au mieux, on évoque. Le parfum est l’art d’associer des composants pour raconter une histoire. Mais l’interdiction d’ingrédients potentiellement toxiques ou allergisants limite de plus en plus notre travail.

Un frein qui vous inquiète ?

Les interdictions sont un problème. Un autre, ce sont ces grosses machines mercantiles qui n’ont pas gardé de produits de qualité. Le parfum perd alors de son sens. Sans parler des gens, toujours plus nombreux, qui souffrent d’un odorat limité.

Comment, dès lors, entretenir ce sens ?

D’abord en prenant soin de son nez : les neurones olfactifs sont fragiles. Fumer, par exemple, est évidemment à proscrire. On peut ensuite s’exercer à nommer les odeurs. Le meilleur moyen est d’utiliser ses souvenirs. Et l’essentiel : rester curieux, se faire plaisir et se rappeler qu’il n’y a pas de mauvaise odeur !

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Couverture de La Salamandre n°198

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 198  Juin - Juillet 2010
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