La résurrection du Léman
Il était gravement malade et les poissons ont failli en disparaître. Aujourd'hui le Léman va mieux. Parmi les gagnants, le grand brochet.
Abonnés6h30, il fait encore nuit. Un petit bateau sort du port privé de l'Institut national de recherche agronomique de Thonon-les-Bains et se dirige cap au nord-ouest. Au bout d'une heure et demie de navigation, le GPS affiche les coordonnées CH 534.700 144.950. C'est précisément ici que le ventre du Léman est le plus profond. Six kilomètres plus au nord environ, Lausanne se réveille doucement.
Ce bateau de 9 m est une station scientifique flottante. Deux fois par mois, trois techniciens viennent tâter le pouls du Léman dans le cadre du suivi opéré par la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman (CIPEL). Alors, comment va-t-il ?
« Les eaux du Léman sont de bonne qualité » , rassure Orlane Anneville, chargée de recherche à l'INRA. Mais cela n'a pas toujours été le cas. «Entre 1950 et 1980, fertilisants agricoles, détergents et activités industrielles ont failli tuer de nombreux lacs d'Europe » , rappelle la spécialiste. La faute avant tout au phosphore. «En 1970, on mesurait des valeurs proches de 100 microgrammes de phosphore par litre d'eau. Aujourd'hui, c'est cinq fois moins ! » Un beau succès. «L'interdiction de cet élément dans les poudres à lessive et surtout la construction de nouvelles stations d'épuration ont été décisives. » D'ici à 2020, la CIPEL espère réduire sa concentration de 20 à 15 µg/L.
Les populations piscicoles ont réagi à ces bouleversements. La baisse des teneurs en phosphore a favorisé le développement d'herbiers de characées où les brochets aiment frayer. Les effectifs de ce carnassier, tout comme ceux des corégones, ont alors explosé. En 1980, les pêcheurs capturaient deux à trois tonnes de brochets pour tout le lac... aujourd'hui annuellement presque 40 tonnes.
Tout va donc bien? Pas sûr. Après le phosphore, le Léman affronte de nouveaux défis. Molécules pharmaceutiques, espèces invasives. Sans oublier les changements climatiques qui pourraient perturber le fonctionnement de cet immense écosystème.
Au temps des nurseries
Le brochet se porte bien dans de nombreux lacs de Suisse et de France. Mais ce n'est pas la règle. Dans certains plans d'eau du canton de Berne, « ses effectifs se sont effondrés en raison de la destruction des roselières et des prairies inondables, ses sites de frai favoris » , explique Gérard Zürcher, garde-pêche cantonal. Pour faire face à ce problème, le canton de Berne a commencé à pratiquer des rempoissonnements dans les années 1950. Dans les élevages, le taux de survie des alevins est plus élevé que dans la nature grâce à des températures d'incubation contrôlées et à l'absence de prédateurs. « A 10 mm de longueur, les brochetons ont survécu à la phase la plus délicate de leur développement et sont relâchés dans la nature. » Si, pendant un certain temps, la main de l'homme a compensé la destruction des frayères, des mesures d'économies ont interrompu le financement de cette pratique en 2014. Les brochets bernois devront se soigner tout seuls.
En vidéo
Reportage sur l'alevinage des brochets biennois.
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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