L’arnaque des coucous
Elles ressemblent tellement à des bourdons ordinaires que même les ouvrières s’y trompent… Rencontre avec de petites reines de l’imposture.
Abonnés19 juillet Le soleil tape fort. Sans cesse des bourdons entrent et sortent du trou d’envol qui fait à peine un centimètre de diamètre. On imagine la reine qui participe aux travaux d’agrandissement du nid, les ouvrières qui ventilent l’air chaud en battant des ailes… La colonie prospère dans l’obscurité. Elle a heureusement échappé aux attaques des bourdons coucous.
Ce printemps, parmi les reines qui cherchaient en rase-mottes un bon endroit où s’installer, il y avait quelques-uns de ces dangereux sosies. Des reines à peine plus petites, un peu moins poilues et surtout dépourvues de corbeilles. Normal : ces bourdons-là ne collectent jamais de pollen pour leurs larves. D’ailleurs, ils ne produisent que des reines et des mâles et jamais d’ouvrières. Mais alors, comment font-ils ?
La reine coucou se réveille quelques semaines plus tard que l’espèce qu’elle parasite. Puis elle recherche une jeune colonie dans laquelle s’introduire. Le jeu est risqué. Si elle arrive trop tôt, quand la fondatrice est encore seule, celle-ci risque d’abandonner le nid. Et si la cité est déjà très peuplée, elle a peu de chances de résister aux attaques des ouvrières. Sa peau épaissie la protège jusqu’à un certain point des piqûres, mais il y a quand même des limites…
D’abord, la reine coucou passe plusieurs jours à se frotter contre le couvain pour en prendre l’odeur, puis elle pond ses propres œufs en détruisant les cellules contenant la ponte de la reine légitime. En général, elle expulse ou tue cette dernière. Pendant ce temps, les ouvrières élèvent ses œufs sans se rendre compte qu’elles travaillent pour une autre espèce. Ces oeufs donneront naissance à des femelles sexuées et à des mâles de bourdons coucous qui s’envoleront… puis la colonie périclitera.
Attention caméléon
Le plus redoutable prédateur des bourdons est probablement l’araignée crabe ou thomise. Cette chasseuse à l’affût possède un venin fulgurant qui tue instantanément. Elle se tient immobile sur une fleur dont elle prend la couleur comme un caméléon. Quand un bourdon arrive, elle lui donne le baiser de la mort avec ses minuscules crochets. Parfois, le malheureux arrive encore à décoller, mais il s’écrase après quelques secondes.
Cet article fait partie du dossier
Gloire et chute d’une reine bourdon
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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