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Frère ours
Le dieu disparu
La découverte d’ossements, de fresques et de statues d’ ours dans des cavernes occupées par nos ancêtres suggère l’existence d’un culte ancestral. Qu’en est-il ?
AbonnésIl n’y a pas si longtemps, deux espèces d’ours cohabitaient dans nos contrées. La première, l’ours brun, a survécu jusqu’à ce jour. En revanche, le grand ours des cavernes s’est éteint voilà 18’000 ans. L’un et l’autre carnivores se partageaient l’espace avec les hommes de Cro-Magnon dont nous descendons, mais aussi avec les hommes de Neandertal. L’ours semblait considéré, sinon comme un dieu, du moins « comme un être à part, possédant des pouvoirs que les autres animaux n’avaient pas », explique l’historien Michel Pastoureau.
Sépultures et statues
Les cavernes où se sont croisés hommes et bêtes durant des millénaires ont accumulé d’innombrables ossements d’ours. Au début du XXe siècle, Emil Bächler découvre ainsi, dans plusieurs grottes de Suisse orientale, des os disposés méthodiquement, voire comme conservés dans des réceptacles en pierre. C’est alors que naît l’idée d’un culte de l’ours. Mais des recherches ultérieures ont mis en doute ces conclusions en suggérant que ces vestiges auraient été charriés naturellement sous terre. Cependant, d’autres indices allaient conforter la thèse de l’ours sacré. En 1922, Norbert Casteret trouve dans la grotte de Montespan, en Haute-Garonne, une statue d’argile de 60 cm de hauteur représentant un ours sans tête. Cette œuvre aurait été façonnée voilà quinze à vingt mille ans.
Trente ans plus tard, la grotte du Regourdou, en Périgord, révèle une sépulture humaine néandertalienne et une sépulture d’ours brun séparées par un mur en pierres sèches. Cette étonnante trouvaille, datée de 80’000 ans, serait le plus ancien témoignage d’un lien symbolique entre homme et ours.
Peintures et autels
Enfin, en 1994, la découverte de la grotte Chauvet, en Ardèche, apporte de nouveaux et spectaculaires arguments. Près de 400 peintures et gravures vieilles de plus de 30’000 ans ornent les parois. L’ours y est représenté douze fois, plus que dans toute autre grotte. Et surtout, au centre d’une des salles, un crâne de plantigrade repose sur un bloc rocheux, entouré de dizaines d’autres au sol. Quant au hall d’entrée, des hommes y ont planté deux humérus d’ours à dix mètres l’un de l’autre. « Puis la grotte s’est refermée définitivement, il y a de cela 20’000 à 25’000 ans », déclare Jean Clottes, découvreur du site.
Les premiers habitants de notre continent semblaient donc entretenir un lien particulier avec l’ours. Culte, rite de chasse ? Laissons les spécialistes creuser la question. Toujours est-il que ce lien a perduré dans les mythologies grecque, germanique et celte. Slaves, Lapons, Celtes et Germains ont voué un culte à l’ours jusqu’au Moyen Age. Mais l’Eglise chrétienne naissante va, durant un millénaire et par tous les moyens, tenter d’éradiquer cette relation respectueuse et sacrée.
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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